Ex-traductrice de conférences internationales, Elisabeth Nuyts avait suivi son mari Joseph Vaillé, chercheur en agronomie, en Afrique. A leur retour, 10 ans plus tard, elle est entrée dans l’enseignement comme professeur d’anglais. Et là, elle a été très surprise du manque de maturité et de raisonnement analytique de ses élèves. Ils étaient très nombreux en effet à présenter des problèmes d’écoute, de concentration, de mémoire à long terme, et de rapport au temps, donc d’organisation.

Etonnée, elle a voulu en chercher les causes. Ayant quitté l’Education Nationale à la naissance de leur troisième enfant, mais toujours passionnée d’enseignement, elle a alors suivi différentes formations (Ecole des Parents, Montessori …) et dévoré les livres d’Antoine de La Garanderie. Et surtout, elle a travaillé en supervision avec un psychologue cognitiviste également formé à l’approche thérapeutique de Jeanine Guindon. C’est ainsi qu’elle a peu à peu relié plusieurs disciplines fondamentales – neurologie, psychologie, et pédagogie actuelle – à ce qu’elle observait sur le terrain.

En effet cette femme de terrain, très vite secondée et épaulée par sa famille, a pris l’habitude de noter méthodiquement les performances et contre-performances des personnes, enfants comme adultes, qui venaient les consulter. Ils avaient besoin d’aide pour des problèmes de lecture, d’écriture, de mémoire ou de mal-être dûs non à des lésions mais à des dysfonctionnements cognitifs : dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dyscalculie, etc …

Analysant la pédagogie officielle à partir des BO (bulletins officiels), des livres scolaires, des cahiers ou des notes des élèves, elle a peu à peu compris la raison de la multiplication effarante de ces dysfonctionnements. La nouvelle pédagogie progressivement mise en place en France à partir du plan Langevin / Wallon, dès 1947, ne sollicite presque plus les circuits neuronaux conscients. Nos enfants travaillent trop intuitivement dans toutes les matières en sollicitant beaucoup plus la visualisation (ou photographie mentale) que le raisonnement analytique. Ayant appris à lire, écrire et raisonner vite, en prenant pour seuls repères la forme, la place des mots et la ponctuation, ils ont automatisé leurs apprentissages avant même de les avoir compris et intégrés consciemment. Ils ne prennent plus le temps de se parler pour réfléchir, de se parler pour se poser des questions, de se parler pour faire des liens logiques. Certains ne se parlent même jamais car à cette allure, ils n’ont pas pu construire correctement leur pensée langagière. Ils vont très vite certes, mais leur mémoire à long terme ne peut pas suivre à ce rythme-là. Les premiers touchés sont les auditifs, dont la mémoire est auditive et non visuelle. Chez les autres, les problèmes ne sont perceptibles qu’au fil du temps, au moment où leur mémoire visuelle va saturer, comme celle d’un ordinateur, suivant les personnes entre 12 et 50 ans.

Alors pourquoi aller si vite ? Nos pédagogues auraient-ils oublié que le cerveau conscient est quatre fois plus lent que le cerveau intuitif ? A quoi sert de bachoter pendant des années si à 50 ans on a tout oublié ?